La folle histoire de la capsule de Champagne !

Rien de plus simple que d’ouvrir une bouteille de Champagne : on enlève la coiffe, on retire le muselet et plooop, la bouteille explose. Mais le Champagne, ce n’est pas que ça ! C’est aussi la capsule !

 

Un boucheur sachant boucher…

Avant de parler de capsule, il faut parler de bouchon. Sinon, c’est un peu comme verser le Champagne avant d’avoir sorti le blida. Le bouchon est bien sûr le seul moyen de fermer une bouteille de Champagne : vous ne verrez jamais du Champagne dans un cubitainer. Ou alors, prenez peur et partez en courant ! Seulement, voilà, le bouchon a un petit problème. Il a tendance à vouloir s’en aller de la bouteille. Pour régler le problème, au seizième et au dix-septième siècle, on n’utilise pas un bouchon en liège. En Champagne comme ailleurs, on utilise un bouchon à vis, en bois, calfeutré avec du chanvre imprégné dans de l’huile. Le tout est cacheté par de la cire, et l’étanchéité est plus que douteuse.

Bon, heureusement, aux alentours de 1720, on trouve une nouvelle solution ; le liège. Le liège, c’est très bien pour faire vieillir le vin… mais ça pète, ça mousse, bref, le bouchon de Champagne explose. A l’époque, les vignerons utilisent donc des ficelles solides qu’ils accrochent sur la bouteille. L’opération est périlleuse : les vignerons calent la bouteille entre leurs jambes, enfoncent le bouchon et posent la ficelle en essayant de ne pas se prendre le bouchon dans la figure. Parce que ça fait mal, un bouchon de Champagne dans le visage. D’ailleurs, petit aparté, quand vous ouvrez une bouteille, essayez de viser un endroit où il n’y a ni votre grand-mère, ni votre lustre en cristal au cas où le bouchon explose. 

 

…doit savoir capsuler

Et puis là, boum ! Le 5 juillet 1844, tout bascule. Le premier brevet de muselet est déposé, et avec lui… la capsule ! Bon, alors la capsule est un peu pourrave, on va être honnête. C’est juste une plaque en métal maintenue par des fils de fer. Mais la base de la capsule est d’ores et déjà posée. Enfin bon, elle est pas vraiment posée. Parce qu’il faut quand même attendre un quart de siècle avant de voir, en pratique, les premières capsules posées. Coup dur pour les placomusophiles. Oui, les placomusophiles. Les gens qui aiment collectionner des capsules de Champagne, quoi. 

Donc, les placomusophiles vont devoir encore un peu patienter avant de pouvoir créer leurs collections. C’est seulement dans les années 1870 que les premières bouteilles bouchées, muselées et capsulées arrivent sur le marché. Mais, nouvel obstacle pour les collectionneurs, ces capsules ne pas réellement jolies. En fait, pour parler franchement, elles sont même assez laides.

Grosso modo, il s’agit de petites plaques de fer blanc dépoli, tordues (oui, on ne peut pas parler de “moulées”) à la forme d’un goulot de bouteille. Elles assurent une sécurité dans le bouchage, puisqu’elles permettent de faire passer deux fils, dont un fil de fer, croisés à angle droit, sur le dessus. 

 

 

La naissance de la capsule moderne

La capsule moderne va en fait voir le jour à la fin du XIXe siècle, quand le fil de fer à ficeler va devenir la norme et va permettre de fabriquer des muselets “modernes”. Ceux-ci sont quand même un peu différents de ceux que l’on récupère aujourd’hui quand on ouvre une bouteille d’EPC sur la plage.

Toujours est-il que la pratique, à l’époque, est de faire un petit trou dans la plaque de muselet (l’autre petit nom de la capsule). Le but de l’opération est de laisser passer l’air, et d’éviter une avarie au niveau du bouchon. C’est mignon… mais c’est inutile. L’hermétisme de la capsule n’est pas tel qu’il puisse endommager le bouchon de Champagne, en fait. Bon, tant mieux. Parce que ce qui va suivre est franchement fabuleux. 

C’est le moment que tout le monde attend. L’instant fatidique. L’explosion de joie, de la Côte des Bar jusqu’à la Vallée de la Marne en passant par Sézanne et Vertus (c’est chez nous). Nous sommes en 1906, et la France n’est pas prête pour ce qui va se passer : les premières capsules de Champagne imprimées font leur apparition. Les dessins sont très simples, on ne se le cache pas. Le premier à faire ça, devinez ce qu’il fait ? Il marque son nom. Oui, ça n’a rien de franchement fou, mais c’est une immense révolution.

 

Des p’tits dessins sur les capsules

Bien sûr, vous vous en doutez, ça va prendre des proportions énormes. Gigantesques. Encore plus grandes que la Statue de la Liberté, la Tour Eiffel, la Tour de Londres et le mur de Berlin (oui je sais il est tombé y a trente ans) mis bout à bout. Plus gigantesque que la barbe d’un légionnaire. Plus fabuleux que… bref, vous avez compris l’idée. C’est vraiment un truc de dingue : les fabricants de Champagne de toute nature se mettent, d’un coup d’un seul, à faire des commandes de capsules avec des motifs dessus !

Vous vous en doutez bien, cette révolution fait des heureux. Les capsules se parent de mille couleurs. Certaines reprennent des thèmes traditionnels (la coupe de Champagne, la flûte, les vendanges…), d’autres les logos des entreprises champenoises. Parfois même on trouve du sponsoring sur les capsules de Champagne. Pour les occasions spéciales (éclipse lunaire, centenaire de la première guerre mondiale), des nouvelles collections voient le jour. Et tout ça, ça fait le bonheur de nos amis collectionneurs (les placomusophiles). 

D’ailleurs, pour le lancement d’EPC, on a fait notre propre modèle de capsule ! Vous pouvez notamment le retrouver sur certaines bouteilles collector de l’édition limitée Millésime 2013.

 

Jean Nouaille-Degorce